La Tourmaline jaune

Reportez-vous, par la pensée, à l’époque où la globe terrestre n’avait pas encore l’aspect que vous lui connaissez. Des masses énormes de matières diverses dérivaient, se choquaient, fusionnaient, se déplaçaient. Des températures fabuleuses, associées à des pressions gigantesques, permettaient des amalgames impossibles à concevoir de nos jours mais dont nous constatons les résultats.
Certains de ces bouleversements géants ont donné naissance à des cristaux. Les uns furent colorés, d’autres non.
C’est à ces cristaux colorés, précieux à cause de leur rareté, que fut attribué le nom de « pierres précieuses de couleur ».

La tourmaline est, potentiellement, un miracle de couleurs.
Non seulement on la trouve en vert, en rouge, en incolore et en noir mais encore il en existe qui sont multicolores, de couleur changeante ou qui sont des pierres chatoyantes.

Indépendamment d’innombrables couleurs, mélangées dans toutes les teintes et nuances imaginables, il existe, en tourmaline, des couleurs complètement inattendues.
Cependant, il y avait jusqu’à une époque récente, un manque frappant dans le nombre infini de couleurs dont fait montre la « pierre arc-en-ciel » : c’était le jaune pur.
La plupart des tourmalines que l’on a trouvées jusqu’ici, ont un léger ton brun. Mais, non seulement le nombre de couleurs est toujours surprenant mais encore, les surprises sont constantes.
C’est ainsi, qu’au début des années 90, apparurent sur le marché, des pierres allant du bleu vert au bleu turquoise, en provenance des mines de Paraïba au Brésil.

Dans l’entre temps, la pierre ayant le plus grand nombre de variantes dans ses couleurs, nous réserva une nouvelle surprise : la couleur qui manquait depuis toujours, le jaune.
Dans l’est de l’Afrique du Sud, on mit au jour à Malawi, en automne de l’an 2000, des gisements de superbes pierres, de couleur jaune. Ce furent des pierres très pures et de belle couleur claire, qui furent ainsi produites. Elles avaient la touche de vert qui donne la teinte dite « canari ». Cette nouvelle variété est déjà sur le marché.

Il s’agit d’une nouveauté très curieuse. Sa couleur jaune « électrique » est produite par de très légères traces de magnésium. Du fait qu’il est rare que des cristaux aient ce jaune brillant, lors de leur extraction, certaines pierres doivent être traitées par chauffage au four, à environ 700 °avant d’être taillées. Faute de ce traitement, elles garderaient un fond brunâtre.
Cette cure de beauté ne peut, de toute façon, qu’être bénéfique car il est typique de la tourmaline d’être multicolore, d’avoir certaines couleurs, variant suivant les angles différents sous lesquels on examine la pierre.
Le traitement thermique, dans ce cas particulier, fait virer la seconde couleur (le brun léger), en jaune brillant, très recherché. Ce genre de traitement est souvent appliqué à de nombreuses sortes de pierres gemment et le résultat est toujours irréversible, c’est à dire que la pierre garde sa couleur pour toujours.

Mais, à Malawi comme ailleurs, des tourmalines de bonne dimension ne se trouvent pas souvent.
Il n’y a pas plus de 10% de ce qu’on extrait, qui convienne à la joaillerie. 95% de ce qu’on trouve pèse moins d’un carat pièce. Mais l’on porte toujours avec plaisir, ces tourmalines jaune canari.
Elles sont d’une dureté de 7 à 7,5 sur l’échelle de Mohs (barème de dureté dont le diamant, la plus dure des substances connues atteint la dureté 10)

Il y a une autre caractéristique spécifique à ces pierres et qui les met tout à fait à part.
Elles ont une odeur délicate. Qui les portera ne s’en apercevra guère mais elle sera perçue par le lapidaire qui, d’une main habile donne leur forme finale à ces pierres, en usant de tout son talent pour mettre en valeur, au mieux, la fraîcheur de la couleur jaune. Les lapidaires expérimentés aiment travailler ces pierres. Ce sont, disent-ils, « les seules qui sentent bon ».

Comment se fait-il qu’une pierre puisse avoir une odeur ?
L’explication est simple : là où on les trouve, les tourmalines sont encastrées dans une matière noirâtre qu’il faut, bien entendu enlever, avant de procéder à la taille. L’un des propriétaires des mines de Malawi, s’aperçut un jour que cette indésirable matière noirâtre s’en allait facilement, en faisant bouillir le brut dans de l’eau à laquelle on ajoutait du jus de citron.
Depuis lors, les tourmalines jaunes de Malawi ressemblent au citron, par leur couleur mais aussi, par leur odeur……au moins, jusqu’au moment où elles sortent de taille.







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